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Les installations techniques, le parent pauvre de l’économie circulaire ?

Au cours du siècle dernier, la population mondiale a quadruplé, tandis que la consommation annuelle de matériaux de construction a été multipliée par 42[1]. Aujourd’hui, les déchets de construction et de démolition constituent l’un des flux de déchets les plus importants produits dans l’UE, dont ils représentent environ 25 à 30 % de l’ensemble des déchets[2].

Dans ce contexte, une économie circulaire favorisant le maintien et le réemploi des matériaux parait essentielle.

Actuellement, les installations techniques sont responsables d’environ 30% des coûts d’investissement d’un nouvel immeuble de bureaux[3] et de 27% des effets environnementaux initiaux d’un bâtiment commercial[4]. En outre, elles sont considérées comme une priorité pour le développement d’une économie circulaire dans le secteur de la construction[5]. Cependant, on trouve actuellement encore très peu d’informations relatives aux installations techniques dans une perspective d’économie circulaire, et les exemples pratiques sont limités.

Cet article a pour ambition de présenter trois stratégies liées à ce domaine spécifique, pour que les installations techniques bénéficient également de l’attention nécessaire à la transition circulaire : la maintenance et le commissioning, le réemploi, et la conception réversible.

Figure 1: Un modèle d’économie circulaire pour Bruxelles[6]

La maintenance et le commissioning  

La maintenance est « l’ensemble de toutes les actions techniques, administratives et de management durant le cycle de vie d’un bien, destinées à le maintenir ou à le rétablir dans un état dans lequel il peut accomplir la fonction requise »[7].

Le commissioning est le « processus par lequel un équipement, un service ou une installation est testée pour vérifier que son fonctionnement correspond aux objectifs ou spécifications planifiées »[8].

Alors que la maintenance permet de lutter contre la détérioration physique du matériel, le commissioning quant à lui, permet de lutter contre l’obsolescence fonctionnelle des installations techniques.

Figure 2 : Illustration de la différence entre la maintenance (ou entretien) et le commissioning.
Source : Mehaudens, L., Commissioning process et gestion technique durable des bâtiments.De quoi s’agit-il concrètement?, in Séminaire : Commissioning : une étape fortement conseillée ! . 2019, Brussels Environment.

Dans une perspective d’économie circulaire, on comprend donc aisément que ces stratégies constituent une priorité car elles permettent l’allongement de la durée de vie des installations techniques.

 Le réemploi (ou urban mining) 

Le réemploi des matériaux de construction concerne un ensemble de pratiques consistant à « utiliser de nouveau [des matériaux ou éléments de construction issus de déconstruction] pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus »[9]. Tout comme la maintenance, cette stratégie permet également d’allonger la durée de vie des installations techniques. 

Figure 3 : Evacuation d’une roue de récupération de chaleur en vue de son réemploi © Rotor

Aujourd’hui, cette pratique n’est pas évidente car elle nécessite de gros efforts de communication, de coordination, et de recherche d’informations. En outre, elle requiert une grande souplesse de tous les acteurs pour concrétiser les opérations de réemploi.

Une maintenance effective et une conception réversible des installations techniques, ainsi qu’une bonne documentation devraient permettre de lever ces freins dans le futur[10].

 La conception réversible

La conception réversible concerne « la conception de bâtiments qui peuvent être facilement déconstruits, ou dont les parties peuvent être retirées et ajoutées facilement sans endommager le bâtiment ou les produits, composants ou matériaux »[11]. On distingue la réversibilité à court terme, qui permet de faire face à un changement de fonction (transformation d’un bureau en salle de réunion par exemple), de la réversibilité à long terme, qui permet de faire face à un changement de programme (transformation d’un bureau en école par exemple)[12].

Figure 4 : Illustration de la réversibilité à court terme – Guide d’utilisation Aéropolis II © Cenergie

Si certaines pratiques telles que la pose de cloisons modulaires et déplaçables sont actuellement fréquentes, la conception réversible des installations techniques n’en est qu’à ses débuts.

Un beau défi pour toutes les équipes de conception qui développent, aujourd’hui, les bâtiments et les installations techniques de demain.


Auteurs : Anne-Laure Maerckx et Sébastien Loreau, Cenergie

Illustration article: Récupération d’un groupe de ventilation destiné au réemploi © CSTC

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[1] Krausmann, F., et al., Growth in global materials use, GDP and population during the 20th century. Ecological economics, 2009. 68(10): p. 2696-2705.

[2] European Commission. Construction and Demolition Waste (CDW). 2019; Available from: https://ec.europa.eu/environment/waste/construction_demolition.htm.

[3] Romnée, A. and J. Vrijders, Vers une économie circulaire dans la construction. 2018.

[4] Chau, C.K., et al., Environmental impacts of building materials and building services components for commercial buildings in Hong Kong. Journal of Cleaner Production, 2007. 15(18): p. 1840-1851.

[5] Athanassiadis, A., Economie circulaire dans le secteur de la construction à Bruxelles : Etat des lieux, enjeux et modèle à venir. 2017.

[6] Brussels Environment, Feuille de route des acteurs de la construction à Bruxelles. Vers une économie circulaire. 2020, Brussels Environment.

[7] NF, NF EN 13306 : Terminologie de la maintenance. 2001, Association Française de Normalisation.

[8] Rixen, R., Comment se donner les moyens de suivre correctement ses installations techniques ? Point de vue d’un maître d’ouvrage, in Séminaire : Commissioning : une étape fortement conseillée ! . 2019, Brussels Environment.

[9] European Commission, Directive 2008/98/EC of the european parliament and of the council of 19 november 2008 on waste and repealing certain directives (waste framework directive). 2008.

[10] Maerckx, A.-L., Envisager le réemploi des installations techniques. Case study: réemploi du groupe de ventilation de la tour De Brouckère pour la rénovation du siège d’Aquafin à Aartselaar, in Séminaire : L’économie circulaire appliquée aux installations techniques. 2020, Brussels Environment.

[11] Durmisevic, E., WP3 reversible building design. Reversible building design guidelines. BAMB report. 2018.

[12] Declercq, J., Adaptabilité et réversibilité des installations techniques: importance de la conception technique et architecturale. Illustration des limites et opportunités sur base de cas concrets, in Séminaire : L’économie circulaire appliquée aux installations techniques. 2020, Brussels Environment.