L’économie circulaire dans la construction ne consiste pas uniquement à remplacer des matériaux neufs par des matériaux réemployés. Elle implique aussi une transformation profonde de la manière dont nous démontons, trions, préparons et remettons en circulation les ressources disponibles localement.
Or, derrière chaque matériau réemployé se cache une réalité souvent oubliée : le réemploi est, dans bien des cas, beaucoup plus intensif en main-d’œuvre que le recyclage ou l’achat de matériaux neufs.
Démonter soigneusement un revêtement, nettoyer des briques, désassembler du mobilier sans l’endommager, trier différents matériaux, enlever les résidus de mortier, remettre en état des éléments en bois ou reconditionner des équipements demandent du temps, de la précision, une organisation adaptée. Ces opérations nécessitent surtout des équipes suffisamment dimensionnées pour réaliser ces tâches minutieuses et répétitives, ainsi que des espaces de stockage permettant de conserver les matériaux avant leur réemploi.
C’est précisément dans ces étapes que les Entreprises de Travail Adapté (ETA) apportent une réelle valeur ajoutée.
Les 12 ETA bruxelloises disposent d’ateliers professionnels, d’équipes encadrées et de nombreux savoir-faire qui complètent parfaitement les besoins des acteurs de la construction circulaire. Elles interviennent aussi bien dans leurs propres ateliers que directement sur chantier.
Leurs compétences couvrent notamment :
• le démontage sélectif d’éléments de construction ou de mobilier ;
• le tri manuel de matériaux ;
• le nettoyage de matériaux destinés au réemploi (bois, briques, pavés, dalles, carrelages…) ;
• le stockage, le reconditionnement, l’emballage et la préparation logistique ;
• la restauration de mobilier ;
• la fabrication sur mesure en bois ;
• l’upcycling et la transformation de matériaux récupérés.
Les ETA : un maillon clé entre déconstruction et réemploi local
À Bruxelles, Rotor DC a collaboré avec l’ETA Travie pour le nettoyage minutieux de blocs de parquet en Afzélia provenant de l’ancienne imprimerie de la Banque nationale. Un travail extrêmement exigeant qui permet aujourd’hui à ce matériau de retrouver une seconde vie dans de nouveaux projets.



©Crédits photos : Rotor Deconstruction
Autre exemple : pour l’aménagement du café The Unusual, les poutres en bois lamellé-collé (Glulam) démontées par Rotor DC ont été transformées par Bout2Bois – l’atelier de menuiserie circulaire de la Ferme Nos Pilifs – pour être remises en œuvre par Design With Sense. Cela démontre qu’il est possible d’allier qualité, créativité et réemploi dans des projets architecturaux contemporains.



©Crédits photos : Jérôme Hubert
Les ETA sont aujourd’hui un maillon essentiel de la filière bruxelloise du réemploi des matériaux. Grâce à l’expertise qu’elles ont développée ces dernières années, elles assurent les opérations indispensables qui permettent de transformer des matériaux issus de la déconstruction en ressources prêtes à être réemployées localement. Elles ne sont plus uniquement des sous-traitants réalisant des tâches ponctuelles de mailing, de jardinage ou de manutention : elles sont devenues de véritables partenaires de projets d’économie circulaire.
Au-delà de ces deux exemples, les possibilités de collaboration sont nombreuses. Une entreprise peut externaliser une partie de sa production dans une ETA, développer un prototype, fabriquer une petite série, tester un nouveau produit ou encore installer temporairement une activité au sein d’un atelier existant. Les infrastructures, les équipements et l’encadrement professionnel des ETA offrent une flexibilité précieuse, notamment aux PME, aux fabricants de matériaux, aux bureaux d’études et aux jeunes entreprises innovantes.
Au-delà de la performance technique, collaborer avec une ETA permet également de répondre à des enjeux ESG de plus en plus importants. Chaque projet contribue directement à l’emploi de personnes en situation de handicap, pour lesquelles le travail constitue un véritable levier d’autonomie, d’inclusion et de participation à la société. Les opérations de tri, de nettoyage, de préparation ou de reconditionnement, souvent répétitives, correspondent justement aux compétences et aux aspirations de nombreux travailleurs en ETA, qui apprécient le cadre structurant et rassurant qu’offrent ces activités.
À mesure que les exigences environnementales se renforcent, le réemploi local des matériaux devient une composante incontournable de la construction durable. Les ETA disposent déjà des équipes, des infrastructures et du savoir-faire nécessaires pour accompagner cette évolution. En faisant appel à elles, les entreprises investissent dans l’emploi local plutôt que dans l’achat de nouvelles matières premières. Elles renforcent ainsi leur engagement ESG tout en développant une économie circulaire, inclusive et résiliente, sans compromis sur la qualité.
Plus d’infos : https://www.onsadapte.be/
Cathy Vaessen – Responsable Communication & Business Development (FEBRAP – Fédération bruxelloise des Entreprises de Travail Adapté)


