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Emmanuel Mossay – Comment l’économie circulaire devient un levier de relance post-crise COVID19 et de repositionnement du secteur de la construction

10-09-20

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Nous retrouvons la suite de la réflexion d’Emmanuel Mossay que nous avions engagée dans la Newsletter précédente, en Juillet. Pour rappel, le volet 1 de cette rencontre, que vous pouvez retrouver ici, avait pour but de se questionner sur l’impact de la crise sanitaire sur le développement de l’économie circulaire dans le secteur ainsi que les évolutions et opportunités potentielles pour secteur de la construction.

Pour la suite de cette réflexion, Emmanuel Mossay aborde les potentielles solutions de valorisation et de soutien à la transition du secteur vers des pratiques plus circulaires.

Repenser les normes pour répondre aux nouveaux enjeux

La transition intégrale des métropoles grâce aux infrastructures est un défi colossal. Le marché fait face à plusieurs défis et freins à l’intégration des concepts circulaires, à commencer par les habitudes et les normes ancrées depuis longtemps dans les pratiques du secteur. Et il est évident que le plus ambitieux des SDG’s BouwTeam devront aussi respecter les lois et normes tout en innovant.

Une des citations préférées d’Emmanuel Mossay pour parler de ces indispensables évolutions est celle d’Albert Einstein : “On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème“. C’est pourquoi il questionne la sous-représentation aux comités définissant les normes et certificats des acteurs et pionniers de la transition, y compris dans le secteur de la construction. Ces acteurs auraient l’occasion de témoigner de leur expérience sur le terrain et la mettre au service de ces comités afin de favoriser l’implémentation de la transition sans entrer en conflit avec les normes officielles.

Valoriser et soutenir la transition circulaire du secteur de la construction

Aujourd’hui les comptes et bilans des entreprises n’intègrent pas les contributions au bien commun ou à l’environnement, ni même la majorité des valeurs immatérielles créées (confiance, connaissance, etc.) alors que celles-ci représentent une part importante de la valeur économique réelle des entreprises. De nouveaux systèmes, tels que le système CARE ou encore la «Matrice du Bien Commun» visant une triple-comptabilité (Economique, Humaine, Environnementale) émergent progressivement.

L’intégration de l’Etat dans le processus collaboratif de la « SDG’s BouwTeam » permettrait notamment valoriser les contributions réalisées pour la collectivité, et aussi plus concrètement pour relier ces contributions aux réductions des externalités et donc leurs coûts pour l’Etat. Il ne s’agit donc pas de créer des subsides mais bien d’utiliser un pourcentage des réductions de coûts variables pour l’Etat pour favoriser et financer, en euros ou en monnaie locale contributive, les réalisations collectives contribuant à la transition.

Plusieurs exemples innovants d’impacts valorisés existent tels que la monnaie contributive Limbu qui est notamment accordée proportionnellement à la réduction du poids de ses déchets, en prenant en compte la réduction du cout des tournées et du traitement, ou encore la valorisation financière des ressources collectées par les acteurs de l’économie sociale en raison également des réductions de coûts pour l’Etat. Ainsi que la valorisation monétaire de la réduction du coût de traitement de l’eau grâce à transition bio de l’agriculture.

Enfin Emmanuel suggère une approche où les marchés publics seraient un des leviers à cette transition. Représentant une part importante de marché pour les entreprises du secteur de la construction, les marchés publics auraient un rôle intéressant à conduire en termes d’incitant.

Les marchés publics représentent entre 12-15% du PIB, il y a donc une possibilité d’incitation des entreprises à pouvoir capter ce marché +/- prévisible et stable, en faisant des efforts au niveau environnemental et humain. (…) Il faudrait passer dans un nouveau type de protocole d’accord entre l’état et les entreprises, en passant un deal qui n’est pas basé sur des critères monétaires (prix le plus bas) comme trop souvent fait aujourd’hui, mais plutôt de rechercher l’impact et la performance pour les citoyens et la collectivité, utilisant le moins de ressources possible et de fixer un prix juste par rapport à cet aspect de fonctionnalité au travers du temps (cycle de vie).

L’Etat renforcera probablement encore plus les critères d’attribution de marché en ajoutant des critères d’impacts sociétaux et environnementaux tels que les tests en cours avec l’échelle de performance CO2 en Wallonie. Cette tendance inéluctable indique clairement le cap vers l’indispensable transition circulaire pour l’ensemble des entreprises.

Une autre question se pose dans ce cadre : les entreprises intégrant des pratiques de circularité, celles qui pensent au long terme pour optimiser l’utilisation/réutilisation des matériaux, des bâtiments et qui font un effort qui leur coute temps et argent, doivent-elles être soumises au même régime fiscal, être taxées de la même manière que les entreprises qui ne font preuve d’aucune initiative environnementale ?

Emmanuel considère qu’il n’est plus décemment possible de répondre positivement à cette question, parce que c’est une forme d’injustice.

Les entreprises du secteur de la construction peuvent tirer des avantages à l’intégration de pratiques circulaires à leur(s) activité(s) et dans un contexte de crise sanitaire mondial, l’intégration de la notion de relocalisation de l’économie prend sens.

Le local est devenu un argument économique important auprès des consommateurs. Le positionnement d’une entreprise dans une démarche de valorisation de ce qu’elle a à disposition autour d’elle, lui permet d’asseoir sa valeur ajoutée et de se différentier de sa concurrence présente sur le marché.

« Je pense que l’on va assiste, dans les prochains mois, à la fusion de deux notions importantes : l’économie circulaire et l’économie dite locale ou la relocalisation de l’économie, industrie. Nous l’avons bien constaté avec la crise, cette question de relocalisation est un élément important mais qui était déjà présent avant. La revalorisation des marchés locaux a été observée auprès de certaines personnes, souvent des personnes qui peuvent se le permettre financièrement cependant. Cette notion du local va donc être un point très important à l’avenir quand on parlera d’économie circulaire. Le fait d’accentuer l’utilisation et la réutilisation de ressources locales avec la création de chaîne de valeur d’emploi, d’économie, de filières locales est quelque chose qui va être de plus en plus important pour les consommateurs. Donc le positionnement/repositionnement d’entreprise dans cette démarche locale est/devient un argument économique extrêmement important qui permet aussi de créer/renforcer la valeur ajoutée de l’entreprise et donc sa différenciation sur le marché concurrentiel. » (E. Mossay, 2020)

Nous pouvons résumer cette réflexion comme étant concentrée autour des trois grands axes suivants: la capacité de nos sociétés et entreprises à être résilientes face aux différentes crises rencontrées, qu’elles soient sanitaires, climatiques, bio capacitaires ou d’une autre nature, il y a également l’intégration de la pensée et la logique systémique et collaborative pour répondre aux fonctions vitales urbaines et aux enjeux de société, et pour finir, la réouverture des champs des expérimentations et des innovations souvent trop bloqués par les normes et les procédures prédéfinies.

Illustration: © LinkedIn
Auteur de l’article : Emmanuel Mossay, en collaboration avec la Confédération Construction Bruxelles-Capitale
Source: www.reemploi-construction.brussels

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