Début mai, ecobuild.brussels a emmené 14 entrepreneurs membres du cluster à Berlin pour un voyage d’étude consacré aux leviers de la construction durable, circulaire et surtout bas carbone. Le groupe a fait le choix de partir en train de nuit, une manière de commencer le réseautage dès le trajet tout en réduisant fortement l’impact écologique du déplacement.
L’objectif était double : nourrir la réflexion des entreprises bruxelloises à partir d’exemples concrets développés à Berlin, et créer un espace d’échange autour d’un fil rouge très clair : comment réduire l’empreinte carbone du cadre bâti, depuis la planification urbaine jusqu’aux choix constructifs, aux matériaux, à la préfabrication et au réemploi. Le programme s’est articulé autour de plusieurs visites ciblées, mêlant acteurs publics, bureaux d’études, architectes, chercheurs et entreprises.

Un programme structuré autour d’acteurs clés de la transition
Le voyage a débuté par une séquence à l’Ambassade de Belgique réunissant Berlin TXL et Concular. Avec Gudrun Sack, les participants ont pu prendre la mesure des obstacles et arbitrages que suppose la transformation d’un ancien aéroport en quartier d’innovation bas carbone pour l’avenir. La présentation de Berlin TXL a permis de mesurer l’ampleur de la reconversion de l’ancien aéroport de Tegel en un quartier mêlant Urban Tech Republic, logements, espaces naturels et ambitions climatiques fortes, avec notamment le Schumacher Quartier, présenté comme l’un des plus grands projets de construction bois au monde. Les échanges ont aussi mis en lumière une tension très actuelle : dans un contexte économique allemand plus difficile, les ambitions durables doivent composer avec des arbitrages plus serrés, y compris sur la capacité à faire émerger une filière bois locale adossée aux ressources forestières régionales et aux savoir-faire disponibles, tandis qu’une partie du récit initial centré sur les technologies urbaines évolue aujourd’hui dans un contexte où les technologies de défense prennent davantage de place.
Avec Concular, les participants ont découvert, grâce aux explications de Dominik Campanella, une entreprise qui structure le marché du réemploi à l’échelle allemande grâce à un écosystème digital dédié à la circularité dans l’immobilier. La présentation a aussi permis de mieux comprendre les spécificités du marché allemand du réemploi et certains écarts avec l’approche bruxelloise. Présente dans plusieurs villes, la société mise fortement sur la numérisation des procédures, l’évaluation des gisements, la traçabilité, l’analyse de cycle de vie et la mise en relation entre déconstruction et nouveaux projets. Une approche très concrète pour rendre le réemploi plus opérationnel, plus lisible et plus économiquement crédible.
Recherche appliquée, bois et innovations constructives
La visite du Natural Building Lab de la TU Berlin, guidée par Nina Pawlicki, a particulièrement marqué le groupe. Elle montre de façon très concrète comment un laboratoire de recherche universitaire peut être directement imbriqué avec des bureaux d’architecture et des réalisations de terrain, au sein d’un réseau transdisciplinaire qui explore les matériaux naturels, le réemploi structurel et des approches low-tech à la fois académiques et appliquées. Le démonstrateur à l’échelle 1:1 développé dans le cadre du projet Woodscraper, porté avec Partner und Partner Architektur, en constitue un exemple fort : il permet de tester des assemblages bois démontables, de limiter les connexions métalliques et d’explorer des solutions réellement orientées vers la circularité.



Les recherches sur la réutilisation de bois de différentes dimensions pour en faire des éléments structurels ont également retenu toute l’attention des participants. La visite a trouvé un prolongement très concret à travers les projets TULIUM et B(e) Ware, qui illustrent comment expérimentation, mise en œuvre et réflexion constructive peuvent dialoguer directement. Le pavillon muséal développé sur le campus de la TU Berlin comme véritable laboratoire du construire dans les limites planétaires montre notamment comment des éléments réemployés, des matières biosourcées et des structures réversibles peuvent devenir le socle d’une architecture à la fois démonstrative et opérationnelle.
Sauerbruch Hutton constituait pour sa part un temps fort à lui seul, avec un accueil assuré par Tom Geister. L’architecte a rappelé combien la durabilité est inhérente à sa démarche depuis bien avant que le terme ne s’impose largement dans le débat architectural. Leur parcours, qui consiste à transformer les contraintes environnementales en véritable identité architecturale, a impressionné le groupe : façades bioclimatiques, optimisation low-tech, préfabrication ingénieuse et usage affirmé de la couleur à l’échelle urbaine composent une approche singulière et très cohérente. La présentation du projet Federal University of Applied Administrative Sciences à Rostock a été particulièrement inspirante et a fait écho à plusieurs éléments déjà abordés pendant le voyage : préfabrication, expression constructive, attention au climat, qualité spatiale et recherche d’une architecture à la fois performante et lisible.
Ventilation, préfabrication et architecture incarnée
La visite de Botschaft für Kinder, conçue par Ludloff Ludloff, a séduit l’ensemble du groupe. Pensé comme un lieu d’apprentissage et de vie collective, le projet a permis d’entendre les réflexions de Jens Ludloff sur une architecture ancrée, attentive aux usages et à l’intégration du bois local. Au-delà de la qualité architecturale du projet, les échanges ont mis en avant une approche particulièrement inspirante de la ventilation naturelle et hybride, une thématique qui s’est peu à peu imposée comme un véritable fil rouge à travers plusieurs visites du programme. Le projet montre aussi comment des éléments en bois peuvent être mobilisés de manière ingénieuse comme composants structurels visibles, assumés et même décoratifs, au service d’une architecture à la fois technique, chaleureuse et mémorable.

Le deuxième jour s’est ouvert avec la visite de Buro Happold, bureau d’ingénierie de renommée mondiale. Inspiré par leur approche intégrée de la durabilité, le groupe a découvert une méthode qui intègre dès le premier jour l’ingénierie environnementale, les structures hybrides, les outils d’analyse, les réseaux de chaleur et le low-carbon thinking. Les échanges, nourris par les éclairages de Felicitas, Peter et Markus, ont montré comment cette vision se traduit dans des projets à grande échelle. L’intervention autour des réseaux de chaleur a particulièrement retenu l’attention : dans un contexte bruxellois en pleine réflexion sur la décarbonation des sources de chauffage, ce sujet ouvre des perspectives très concrètes pour faire évoluer les systèmes de chauffe à l’échelle urbaine.

Le parcours s’est conclu chez Partner und Partner Architektur, un bureau né de la collaboration entre un charpentier et un architecte, et dont l’identité se lit immédiatement dans les projets présentés. Leur approche du bois est à la fois précise, sensible et résolument constructive : des projets chaleureux, entièrement pensés en bois, avec un sens du détail, une élégance sans ostentation et une capacité à innover sans jamais perdre de vue le sens du projet. La découverte de la vision portée par Woodscraper a illustré de manière très convaincante cette manière pragmatique d’aborder l’architecture bois, la circularité et la démontabilité.


Un format inspirant, concret et fédérateur
Au-delà de la qualité des contenus, ce voyage d’étude a constitué un moment fort de mise en réseau entre membres du cluster. Le choix du train de nuit, la densité du programme et la diversité des structures visitées — Berlin TXL, Concular, Natural Building Lab, Botschaft für Kinder, Sauerbruch Hutton, Buro Happold et Partner und Partner Architektur — ont contribué à créer un cadre propice aux échanges, aux comparaisons de pratiques et à l’émergence de nouvelles pistes pour le contexte bruxellois. De la reconversion urbaine à la préfabrication, du réemploi structurel aux réseaux de chaleur, de la recherche appliquée à l’architecture bois, chaque étape a alimenté une réflexion collective très concrète sur les trajectoires de décarbonation du secteur. À travers ce déplacement, ecobuild.brussels confirme sa volonté de connecter ses membres aux acteurs qui font évoluer les pratiques en Europe, qu’il s’agisse de grands projets urbains, de recherche appliquée, d’ingénierie, d’architecture ou de nouveaux modèles de circularité. Un voyage à taille humaine, mais riche d’enseignements très concrets pour les professionnels bruxellois engagés dans la transition du secteur de la construction.
Enfin, un mot de remerciement tout particulier à Nikola Winzler, notre attaché sur place (berlin@hub.brussels), pour son accompagnement et la qualité des échanges tout au long du séjour. Et si certains acteurs bruxellois se sentent inspirés par le marché allemand et souhaitent explorer des opportunités ou prolonger les échanges, qu’ils n’hésitent pas à entrer en contact !



