Diogène de Sinope (IVe s. av. J.-C.), philosophe cynique, vivait dans un tonneau et parcourait Athènes en plein jour avec une lanterne allumée, clamant « Je cherche un homme ». Cette provocation signifiait qu’il ne trouvait pas d’homme vrai parmi ses contemporains corrompus et superficiels, fustigeant le manque de vertu et le luxe.

Si nous avions tous la sagesse et la liberté de Diogène, le problème du logement abordable serait réglé en quelques heures ; même l’administration publique la plus endettée trouverait les fonds pour offrir un tonneau à chacun. L’image de Diogène est radicale et peu vraisemblable, mais elle rappelle l’importance de l’essentialité pour le développement de l’homme libre.
La complexité croissante des normes et des réglementations dans le domaine de la construction rend paradoxalement difficile la réalisation de projets simples, comme une habitation. Chaque exigence, toujours légitime prise isolément (sécurité, performance énergétique, accessibilité, durabilité) s’additionne aux autres jusqu’à former un ensemble technique et administratif lourd et coûteux, parfois même contradictoire. Cette accumulation transforme souvent ce qui pourrait être une construction sobre et efficace en un complexe surchargé et compliqué.
Le véritable défi n’est pas de viser systématiquement la performance maximale dans chaque domaine, mais de trouver un équilibre sage : choisir des solutions adaptées aux besoins réels et techniquement simples. Il s’agit d’accepter que le « toujours plus » n’est pas nécessairement synonyme de « mieux ». Le mieux est l’ennemi du bien.
Construire simplement pour produire du logement abordable n’est pas une démarche de renoncement, mais une stratégie d’intelligence constructive et un acte de responsabilité civique. Il n’y a pas de recette toute faite naturellement, chaque projet est un nouveau défi. C’est un esprit du « bon père de famille » (ou « bonne mère de famille ») à avoir constamment en tête face aux choix du projet. L’enjeu est de recentrer la conception sur l’essentiel : offrir des logements dignes et accessibles au plus grand nombre. Ce qui est simple est aussi plus facile à entretenir et donc plus durable. La simplicité devient alors non pas un abaissement du niveau, mais une véritable innovation au service du bien commun.
Exemple d’un projet inclusio
Entre l’été 2018 et l’été 2021 Inclusio a transformé le bâtiment de bureau sis à Woluwe Saint Lambert, avenue des Pléiades 71, en 79 logements loués à l’Agence Immobilière Sociale de Woluwe.

Le prix de location sont plafonnés par Arrêté Régionale. Pour avoir une idée le loyer mensuel d’un appartement 2 chambres est de 750 EUR/mois (prix 2026).
Inclusio ne bénéficie d’aucun subside public spécifique et doit rémunérer ses investisseurs ainsi que ses créanciers aux conditions du marché des capitaux. Afin de permettre la réalisation du projet dans ce cadre économique contraint, il est indispensable de se concentrer sur l’essentiel et d’écarter l’accessoire, de préserver les éléments fonctionnels existants et d’éviter toute démolition qui ne serait pas strictement nécessaire.
Quelques exemples de mesures prises :
- Les façades du 1991 sont maintenues sans ajouter des couches d’isolation supplémentaire. Seulement sur le toit une couche d’isolation a été ajoutée. L’isolant des façades en place, 7cm d’épaisseur, avec la performance des doubles vitrages maintenus, garantie une performance énergétique de 100 kWh/m²/an (niveau C+).
- Des terrasses sont ajoutées uniquement à la place des « faux-murs rideaux », sur les coins et au droit de l’entrée principale du bâtiment, sans devoir casser les façades préfabriquées en « béton, pierre et briques ».
- Tous les appartements ne sont pas traversants, la structure distributive d’origine étant conservée. Un couloir central assure la liaison entre les deux noyaux « escaliers-ascenseurs ».
L’option consistant à ajouter des noyaux supplémentaires afin de rendre l’ensemble des logements traversants a été étudiée, mais écartée en raison d’un rapport coûts-bénéfices défavorable. - Les châssis en acier datant de 1991, équipés d’un vitrage réfléchissant, sont conservés. Seule la partie centrale est remplacée afin d’y intégrer un ouvrant avec vitrage clair en lieu et place du châssis fixe existant. La nouvelle façade met en évidence la différence de teinte entre les vitrages.

Article rédigé par Benedetto Calcagno de Inclusio


