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Changer d’échelle sans changer d’esprit : l’effet levier des collaborations locales

Face aux défis multiples posés par la rénovation durable à Bruxelles — complexité technique, pressions environnementales, exigences de qualité, délais serrés — les microstructures et les TPME du secteur de la construction sont de plus en plus nombreuses à repenser leurs pratiques. Et au cœur de cette dynamique de transformation, un mot revient avec insistance : collaboration. Bien menée, elle devient un véritable levier de croissance, d’efficacité et d’innovation. Mais elle exige aussi de dépasser un certain nombre de freins culturels, structurels et humains.

Construire ensemble : un choix stratégique et pragmatique

Pour Louis Tilmans, fondateur de Renovatti, entreprise active dans la rénovation énergétique à Bruxelles, la collaboration est d’abord une nécessité de terrain : « Dans les projets complexes, surtout ceux qui visent un haut niveau de performance énergétique, c’est presque impossible de s’en sortir seul. Il faut pouvoir s’entourer, partager les responsabilités et croiser les expertises ».

En d’autres termes, le jeune entrepreneur bruxellois souligne le besoin d’une collaboration plus directe, plus fluide entre les différents acteurs de terrain : architecte, certificateur PEB, bureau d’études, maître d’ouvrage et entrepreneur. « L’idéal serait de travailler véritablement main dans la main, dès le départ du projet, dans un dialogue plus informel, plus horizontal, où chacun peut faire entendre sa voix et apporter son expérience. Il faudrait revoir certaines conventions pour permettre ces échanges plus ouverts », ajoute-t-il.

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Cette logique a également structuré l’évolution d’EasyReno, société bruxelloise qui a su se transformer en quelques années, passant d’un acteur centré sur la gestion de subsides à un opérateur global de la rénovation. « Ce qui a tout changé, c’est notre collaboration avec Régis Gaspar », raconte Timothée Morel, co-fondateur d’EasyReno. « On a commencé par une mission de développement logiciel. Deux ans plus tard, on était associés. Cette coopération nous a permis de structurer notre croissance, d’élargir nos services et surtout d’accéder à un réseau d’acteurs qu’on n’aurait jamais atteints seuls ».

La plus-value d’une approche intégrée

Pour ces entreprises, la collaboration ne se limite pas à un partage ponctuel de tâches. Elle permet de proposer aux clients une offre complète et lisible, du diagnostic énergétique au suivi de chantier, en passant par les permis et les études de faisabilité. Et ce modèle intégré séduit de plus en plus de maîtres d’ouvrage, souvent perdus dans la complexité administrative et technique d’un chantier.

« Le client final veut des solutions clés sur porte, un seul point de contact, une équipe qui se connaît déjà. Quand on travaille avec les bons partenaires, on peut répondre à cette demande de manière fluide, rapide, cohérente », observe Régis Gaspar, co-fondateur de OuiTransform. Cette structure accompagne des entreprises qui ont un rôle à jouer dans la transformation éco-responsable des bâtiments. Elle agit comme un accélérateur de développement, facilite les collaborations entre acteurs du secteur, et investit dans des entreprises à fort potentiel d’impact. C’est notamment le cas d’EasyReno, mais aussi de WattMatters, deux structures dans lesquelles OuiTransform est devenu partie prenante.

« C’est aussi une manière d’atteindre des résultats plus ambitieux. Ensemble, on vise la rénovation de 30.000 logements à Bruxelles dans les années à venir. C’est un objectif qu’aucune petite structure ne pourrait assumer seule ».

Une dynamique encore trop peu valorisée

Malgré ces bénéfices tangibles, la collaboration reste encore trop rare, ou trop fragile, dans le secteur. Pour Louis Tilmans, cela tient à la manière dont le marché est structuré : « En général, c’est le client qui choisit un architecte, qui travaille de son côté avec un bureau d’études, et qui lance ensuite l’appel d’offres pour l’entrepreneur. À ce moment-là, tout est déjà figé. Pourtant, nous aussi, en tant qu’entreprise générale, on a des choses à dire sur les choix de matériaux, sur les contraintes techniques. Quand on est consultés dès le début, le projet est mieux pensé, plus économique, plus cohérent ».

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L’approche reste souvent segmentée, et le modèle collaboratif encore peu valorisé comme stratégie à part entière. Timothée Morel y voit un vrai manque de reconnaissance : « On ne parle pas encore assez des coopérations qui fonctionnent, alors que ce sont elles qui font vraiment bouger les lignes ».

Temps, confiance, compatibilité : les freins à lever

Pourquoi, alors, cette dynamique ne se généralise-t-elle pas plus vite ? D’abord, par manque de temps. Les petites structures, souvent sous pression, peinent à sortir la tête du guidon. « C’est compliqué, quand on gère tout en interne, de dégager du temps pour rencontrer de nouveaux partenaires ou réfléchir à des synergies », reconnaît Timothée Morel.

Ensuite, il y a la question de la confiance. Travailler ensemble suppose d’accepter de partager des idées, des méthodes, parfois des erreurs. « Si on ne se fait pas confiance, on ne peut rien construire ensemble », insiste Régis Gaspar. « Et cette confiance, elle ne vient pas d’un contrat ou d’un PowerPoint. Elle se construit dans le concret, sur un premier projet, un échange de services, un test grandeur nature ».

Enfin, il faut veiller à la compatibilité humaine. Travailler ensemble, c’est aussi travailler avec des personnalités, des manières de faire, des temporalités différentes. « Ce qui fait la différence, c’est souvent un alignement de valeurs et une ambition commune. Quand ces deux éléments sont là, on peut déplacer des montagnes », ajoute-t-il.

Un constat que partage pleinement Louis Tilmans, qui observe un changement générationnel porteur d’espoir : « Aujourd’hui, beaucoup de professionnels de ma génération — dans la trentaine — arrivent à des postes de décision, ou se lancent comme indépendants. Avec eux, c’est souvent plus fluide. Ils ne sont pas enfermés dans des logiques rigides ou des schémas anciens. Il y a une envie partagée de faire bouger les choses, de travailler autrement. » Une dynamique qui pourrait bien, à terme, faire évoluer en profondeur les modes de coopération dans le secteur.

Le rôle clé des clusters : faire se rencontrer pour faire avancer

Dans ce contexte, les clusters sectoriels comme ecobuild.brussels ont un rôle essentiel à jouer. En organisant des événements, des visites de projets, des moments de partage informel, ils permettent aux professionnels de se découvrir, de tisser des liens et, parfois, de bâtir ensemble.

« Sans le cluster, je n’aurais jamais rencontré certains partenaires qui ont été décisifs pour mon entreprise », affirme Timothée Morel. « Le pitch-it, les tables rondes, les ateliers… ce sont des outils puissants, parce qu’ils créent de l’envie, de l’inspiration, et surtout des connexions ».

Mais pour que la collaboration ne reste pas à l’état d’intention, ces structures doivent aussi accompagner la formalisation des coopérations. « Il ne s’agit pas seulement de faire rencontrer les gens. Il faut aussi les aider à structurer leur offre conjointe, à clarifier les rôles, à construire une communication commune », souligne Régis Gaspar.

Des collaborations concrètes aux résultats mesurables

Au-delà des discours, les initiatives menées montrent que la collaboration est déjà une réalité tangible dans plusieurs coins de Bruxelles. EasyReno, par exemple, a développé une solution d’audit énergétique destinée aux copropriétés, combinant analyse technique, simulation PEB, estimation des coûts et préconisations. Ce projet, devenu un service à part entière, n’aurait jamais vu le jour sans la mise en commun de compétences. « À l’époque, j’avais l’idée, mais pas les moyens de la développer seul. C’est en rencontrant Régis que j’ai pu structurer le projet, y intégrer de l’automatisation, et le faire évoluer vers un vrai produit d’accompagnement », explique Timothée Morel.

Chez Renovatti, un autre exemple illustre l’intérêt d’une approche intégrée. « On a eu l’occasion de travailler sur un projet porté dès le départ en tandem avec un architecte que je connaissais bien. La communication était simple, le choix des matériaux s’est fait en dialogue direct, et on a pu proposer ensemble une réponse beaucoup plus ambitieuse sur le plan écologique », raconte Louis Tilmans. Ce type de chantier collaboratif, encore trop rare, montre pourtant combien la fluidité entre partenaires peut avoir un impact positif sur la qualité finale, les coûts, et la satisfaction du client.

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Une vision ambitieuse, mais réaliste

Chez Renovatti comme chez EasyReno, les projets collaboratifs sont nombreux : groupes de travail sur la standardisation des rénovations énergétiques, mise en place d’outils partagés pour optimiser la préparation des chantiers, coopérations avec des architectes pour proposer des rénovations plus écologiques dès la phase de conception.

« Je crois qu’on a tous à y gagner. Le client, qui reçoit une offre claire et efficace. Les entreprises, qui mutualisent leurs forces. Et le secteur, qui avance plus vite vers une transition durable », conclut Louis Tilmans.

La collaboration, dans ce contexte, n’est pas un supplément d’âme. C’est une réponse pragmatique aux contraintes du présent, et une boussole pour construire l’avenir.

Et maintenant ?

Initier une collaboration commence souvent par un geste simple : sortir de son bureau, aller voir ce qui se fait ailleurs, poser des questions, partager ses doutes. C’est dans ces moments informels que naissent souvent les plus belles alliances. Et c’est aussi là que se joue, discrètement mais sûrement, l’avenir d’une construction plus humaine, plus efficace et plus durable à Bruxelles.